En Chemin pour le Machu

¿ Hablas Español ?

"Buena onda" ou "mala onda" :

sympathique ou pas.

Une expression relative à l’énergie, au fluide qui passe avec une personne, ou à notre histoire commune.

Si tout se passe bien, vous êtes « buena onda », tranquille, facile à vivre et pas pénible.

Si vous m’avez fait un sale coup, vous devenez « mala onda », pas très fréquentable, nid à problèmes.


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Pérou, Chemin vers les Hauteurs, de Cuzco au Machu Picchu

Où il est question du goût prononcé des Incas pour les escaliers, de l’effort et de la saveur de la récompense. De Cuzco au Machu Picchu par Santa Maria, Santa Teresa et Agua Calientes.

 

Bien sûr il existe un train et même un bus qui vous dépose aux portes des ruines du Machu Picchu. Bien sûr il existe un Chemin de l’Inca, excursion qu’il faut réserver à l’avance, encombrée, et qui se monnaie cher, mais où l’on met ses pas dans ceux des Incas. Mais il existe aussi une route alternative, celle dite de la « jungle » car elle passe par les villages en contrebas du Machu Picchu situés dans la selva, au milieu des plantations de coca et d’arbres fruitiers. En passant par une agence, cela s’appelle le « Jungle Trail », mais on peut faire le même itinéraire seul.

Sur le papier, voilà à quoi ressemble le Jungle Trail.

Jour 1 : Bus jusqu’au point de départ et 5h de vélo sur une route goudronnée qui descend de 4000 mètres jusque dans la selva au petit village de Santa Maria.
Jour 2 : Randonnée par un chemin qui serpente de Santa Maria à Santa Teresa avec, pour récompense, un bain chaud dans les sources naturelles de Cocalmayo.
Jour 3 : 6 heures de marche le long des rivières et de l’ancienne voie ferrée qui mène jusqu’à Agua Calientes, la ville au pied du Machu.
Jour 4 : Lever à 4h pour arriver avant que le soleil ne pointe en haut du Machu Picchu. Quelques volées de marche et autant de points de vue.

Dans la réalité, c’est à la fois plus burlesque, plus éprouvant, mais vraiment sublime.

Jour 1 : Arrivés au sommet, ces 4000 mètres depuis lesquels on se laisse doucement descendre en vélo, la pluie tombe à grosses gouttes et la brume recouvre la route. Qu’à cela ne tienne, on enfile un gros pull, des gants, un casque et grimpe sur nos VTT, le cœur courageux. Les capes de pluie fouettent au vent. Moins de 20 minutes plus tard,  nous accusons les conditions météorologiques: bout des doigts gelés, chaussettes qui gonflent comme une éponge, lunettes pleines de buée. Une vision, devenue familière en cette saison des pluies au Pérou, nous délivre plus vite que prévu: une file de camions et de bus se profilent à l’horizon. La route s’est écroulée.

La route est bloquée depuis deux jours sans que les efforts des pelleteuses ne suffisent à la rouvrir. Vu la longueur de la file on a peine à croire que l’agence ou les guides n’étaient pas au courant. Mais nous sommes au Pérou, mieux vaut tenter sa chance. Et comme impossible n’est pas péruvien, le guide, imperturbable, se plante en bas des éboulis, lève le doigt et décrète: « on va passer par là » en pointant la montagne qui s’effrite et la jungle inextricable au sommet.


L’idée est de suivre un chemin « traçoté » par d’autres téméraires en s’accrochant aux lianes et en plantant fermement son pied dans la boue pour ne pas glisser. « Jungle trail », nous avait-on prévenu. Nous enjambons des troncs, glissons dans la boue, embrassons des lianes et exultons au moment de croiser deux hommes venus à contre sens, preuve qu’il y a bien une issue à cet enfer vert.
Au final il nous aura fallu une heure pour contourner l’éboulement et continuer l’aventure. Nos chaussures et nos jambes ne sont plus qu’un tas de boue mais quand, en bas, un groupe de touristes, chaussettes bien hautes et chaussures bien propres, vient nous demander respectueusement comment est le chemin, une lueur de fierté brille dans nos yeux.

La journée se termine. Le long du chemin, entre deux frondaisons de bananiers, jaillissent de minuscules maisons en planches et en tôles. C’est ici que Cuzco se fournit en café, thé, avocats, bananes, papayes et coca, la feuille qu’on chique ou boit en infusion pour éviter le mal de l’altitude. Ici que vivent ceux qui produisent toutes ces richesses vertes. Bienvenue dans la jungle. Bienvenue dans la selva.

 

Jour 2 : Dès le début, nos cuisses nous amendent pour notre héroïsme de la veille. Le soleil, facétieux, se décide à poindre au moment où le chemin se met à grimper. Pendant les deux heures de montée, nous soufflons, avec dans un coin de la tête le trajet en train ou en auto partagée, solution de facilité. Mais qui nous aurait privé des chemins escarpés en à pic dominant les vallées, de la jungle parsemée de fleurs, des ponts en bois qui surplombent les torrents furieux. Et surtout des délices des bains de Santa Teresa, ces piscines d’eau chaude nichées au creux de la vallée, cette pelouse toute propre, cette cascade au milieu. Une oasis à 28°C qui a la saveur des efforts qu’elle nous a coûté: 20 kms de marche ce deuxième jour.

 

Jour 3 : Le réveil gratte. Dans la jungle, la veille, de minuscules moustiques aux airs de moucherons inoffensifs ont tapissé nos bras et nos mollets de piqûres. Notre peau blanche est adoubée. Au programme, 16kms. Du vert, des lianes folles qui dégringolent, un cimetière coloré, une rivière en furie charriant les eaux boueuses des glaciers alentours et une voie ferrée désaffectée qui nous tient compagnie les deux dernières heures.
Agua Calientes, la ville étape du Machu Picchu, est restée petite : un fouillis de pancartes, de minuscules restaurants et des rues poussiéreuses. Avec son train bleu à vapeur qui la traverse, la ville a tout du repère de chercheurs d’or.

 

Jour 4 : A 4h30, heure du départ, la cape de pluie est à nouveau de la partie. Les lampes torches éclairent faiblement, nos jambes flageolent. Le moment est mal choisi. Sur cette partie du parcours, il va nous être donné de vérifier une vérité historique: l’art des Incas à contourner les montagnes en façonnant, pierre après pierre, des escaliers qui leur permettaient de les dominer. La brume ondule au creux des sommets alentours. Au fur et à mesure que le soleil se lève, la lumière pénètre dans la forêt. Nous marchons vers elle jusqu’au sommet.

6 heures, le voile se lève sur les ruines du Machu. La brume se faufile entre les pierres. Le sacré est palpable.

Dernier défi, le Huayna Picchu, la montagne  « jeune » qui domine le Machu et de laquelle on a le plus beau point de vue. Une heure de montée à nouveau et seulement 400 élus par jour.

Au sommet, le joyau inca joue un temps les précieuses, caché derrière son voile de nuages. Pour finir par céder et dévoiler ses beautés sous le ciel redevenu bleu. La pointe du Huayna s’élance vers le ciel et vous donne le vertige, cernés à 360° par les vallées alentours. A vos pieds, les ruines paraissent minuscules.

Le Machu Picchu nous fait du charme et on céde. On s’y promène, on s’y perd, on surprend un lama qui paisse, on s’y étend sur la pelouse et les rayons de soleil. On laisse le temps s’écouler, hors du monde, le regard posé sur les montagnes, les vallées et le ballet des nuages. Et on redescend, emportant avec soi une petite part de cette force cosmique que revendiquaient les Incas.Il est sans conteste un lieu qui vous parle. Et qui vaut tous les chemins par lequel on le gagne.