Essences du Brésil

¿ Hablas Español ?

Tranquilla, relajate :

« tranquille, relax ». La seule parade qu’ont trouvé les sud-américains pour faire face aux névroses occidentales de la planification. Suivi de « todo va a salir bien », « tout va bien se passer ». Et ne vous avisez pas de demander « comment? ».


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Où il est question de plats, de musique et de petites phrases…

 

Trois valeurs gastronomiques aux quatre coins du pays:

Le Pâo de queijo. Un boule de pain fondante au cœur de laquelle le fromage et la mie se mélange. A déguster à peine sortie du four. Version Bahia, ce sont les « biju », petites crêpes blanches de farine de tapioca. La farine s’agrège d’elle-même sur la poêle brûlante. On ajoute du jambon, du fromage, de la coco, du dulce de leche. Et on déguste.

Les buffets au kilo. L’incontournable au Brésil pour le voyageur sac à dos. Un buffet de salades, pastèques fraîches, viandes ou poissons grillés, riz, pâtes, feijoada disposés dans leurs plats. Une assiette vide qui attend sagement de se remplir. On hésite, on se sert, on pèse et on mange au poids.

Le haricot noir. Le « feijão », haricot en portugais, est une religion. Sans doute au même titre que la samba ou le foot. Jamais un plat servi sans ses feijaos. Même une omelette est accompagnée de son riz, ses frites, ses feijaos et sa salade. Quand le Brésil vous prend par la chair, ça commence par là.

Le « feijao » est aussi la base de ce qu’on peut considérer comme le plat national brésilien : le feijoada. Riz blanc, haricots noirs en sauce et viande de porc. On parsème le tout de farofa, farine de manioc revenue dans un peu d’huile de palme avec du bacon coupé en petits dés et/ou oignons émincés, dés de tomates et des herbes à volonté.

 

Un péché sucré :

Celui des brésiliens eux-mêmes : l’açaï. Cette petite baie pourpre-violette qui ne pousse qu’en Amazonie a été redécouverte il y a 25 ans. Et depuis le pays et le monde entier en sont fous. Antioxydant, énergisant voire galvanisant, on a prêté à l’Açaï toutes les vertus. Partout dans le pays l’Açaï fait l’objet d’un traitement à part. Plus cher, on le consomme avec cérémonie. Sous forme de sorbet, de jus de fruit frais ou la version petit-déjeuner complet : «  l’açai con gel y granolas », dans un grand bol avec des céréales.

Une paille glissée dans la noix de coco entière qu’on demande ensuite à couper pour déguster sa chair blanche et tendre n’est pas moins galvanisant.

 

Un émoi:

Le Carnaval. Où qu’on le passe, le carnaval est forcément l’expérience brésilienne ultime. Il n’y a rien à expliquer, à analyser, il y a juste à sentir: les corps en fête, les percussions qui portent et la foule dévouée. « Etre ici et maintenant » au Brésil c’est danser. La danse est une forme d’oubli, d’expiation. Une thérapie collective dont l’apothéose est le Carnaval.

L’émoi c’est de sentir à son tour son corps entrer dans cette transe: bouger sans qu’on lui demande, se perdre dans les rythmes et vous surprendre. Si vous dansez, il y aura toujours une petite place au cœur de la foule. Que ce soit au milieu des « pipocas », les pois qui sautent, à Bahia, ou parmi les « cariocas », danseuses de samba, à Rio.

 

Une expression:

« Todo bem » qui s’utilise à tout moment pour se saluer, se dire que tout va bien, apaiser les tensions… Un simple pouce levé pour dire « bonjour, on danse » et «merci c’était super » fait aussi des miracles.

 

Un mystère :

La climatisation. Il faut le savoir les bus au Brésil sont chers et les trajets immenses. Beaucoup de voyageurs leur préfèrent aujourd’hui des compagnies aériennes low-cost. Le bus, c’est une expérience, un moment volé où les paysages défilent et les pensées se perdent, l’essence même du voyage diront certains. Le bus donc. Mais chaudement vêtus. Alors que partout ailleurs, on arbore robes légères et shorts en toile, on ne montera pas dans un bus brésilien sans un pantalon, un pull voire une écharpe. Le brésilien aime dormir au frais. Et il faut y être préparé. Si la première fois vous vous demandez pourquoi les backpackers enfilent des chaussettes en laine à la gare routière de San Paolo par 30°C, une fois une nuit passée sans ces précautions, vous ferez pareil. Et si vous êtes gentil, vous passerez le mot.

 

Une rencontre:

Les hommes. On dit en France du Brésil que c’est le pays de la chirurgie esthétique, des bimbos de plastique, des folles du sport et de leur corps. Peut-être. A Rio, dans les classes sociales élevées, dans celles trop pauvres où la beauté est une porte de sortie. Mais au quotidien le Brésil est plutôt galvanisant pour la silhouette. Sur les plages les micro maillots accueillent fesses et seins de toutes dimensions. Sur les pistes on est sensuelle quelque soit son tour de taille. Dans les rues, on marche droite et fière.

Au cœur des rapports hommes-femmes au Brésil, il y a la sensualité. Les femmes jouent les indomptables. Les hommes lancent des regards appréciateurs. Dans beaucoup de pays le regard des hommes est un poids : on siffle, on pèse la marchandise, on insiste. Au Brésil, les hommes vous regardent franchement, sans gêne mais avec appétit. Comme une gourmande devant un étal de pâtisseries. L’appétit des yeux brésiliens vous donne de l’appétit pour vous-même : la confiance en soi par la chair.

 

Un paysage:

La plage. Elle est comme la place publique. Lieu de toutes les rencontres, de tous les rendez-vous. Et donc un poste d’observation dont on ne se lasse pas.

Mais surtout les plages auxquelles j’ai goûté mariaient aux cristallines, liseré de sable blanc et jungle verte et touffue. Plus qu’un paysage, la plage est aussi un mode de vie, tout en langueur et douceur auquel le corps se convertit petit à petit.

Laquelle goûterez vous ? Celle de Paraty ? Ou d’Ilha Grande ?

 

Une musique :

La musique au Brésil fait partie du terroir. Elle habite les hommes, les forge, est le reflet des âmes. Partout la musique s’échappe et partout les brésiliens dansent.

Clin d’œil au « axé » découvert à Bahia. Racines afros et rythmes de samba, le tout mixé à la sauce commerciale. Le « axé » se danse en ligne en suivant une chorégraphie. Un peu comme une version stylée de la « Macarena ».

 

Une fierté :

Avoir eu le « Dalila ». Chaque année la semaine qui suit le Carnaval des mines enrhumées, grippées, enfiévrées affluent au comptoir des pharmacies. Résultat logique de nuits trop courtes, de pluies d’orages qui ont séché pendant qu’on danse, de promiscuité inévitable. Chaque année les pharmaciens vendent des antigrippaux bourrés de vitamines C à tour de bras, sûrs de leur diagnostic, « vous avez la grippe du Carnaval ». Et chaque année le virus porte le nom de la Chanson la plus populaire. Ivete Sangalo et son « Dalila » ont eu ce privilège en 2009.

 

Une parole de chauffeur :

Celui qui m’a conduit à 6h du matin dans les embouteillages de San Paolo. Métisse, cheveux crépus, il a contredit toutes les théories sur la langueur et la sensualité brésiliennes. Hard-rock, coups de klaxons et d’accélérateurs frénétiques…

Beaucoup de brésiliens en ont assez des clichés du charmeur, musicien, beau gosse de plage, et indolent. Les brésiliens travaillent, les brésiliens ont des idées et des ressources. Ces brésiliens qui relèvent leurs manches se sont tous donnés rendez-vous à San Paolo, la ville où se décide ce que sera l’avenir du Brésil. Comme toutes les mégalopoles elle est chaotique, fatigue et reste insaisissable. Mais c’est un autre Brésil à découvrir, plus branché, plus international, plus dynamique.

 

Une impression :

Le Brésil est comme sa boisson nationale : la Caïparinha. Un mélange de cachaça (eau de vie obtenue par fermentation du jus de canne à sucre), citron vert, sucre et glace pilée. Rafraîchissant. Euphorisant. Libérateur.

On a parfois tendance à oublier que derrière cette explosion des sens il y a un pays immense qui essaie de se remettre debout et qui doit entraîner avec lui les indiens d’Amazone, les populations noires du Nord authentique, les blanches et plus riches du Sud branché.

Le Brésil est à consommer comme la cachaça, sans oublier où on met les pieds, avec modération et respect pour le mélange toujours risqué qui permet à ce géant métissé de viser l’équilibre.