La passion du tango

¿ Hablas Español ?

"Mamita!" "Papito!" :

le premier est usité par les vendeuses des marchés pour vous faire les yeux doux rétablissant ainsi l’égalité: tout le monde, quelque soit l’âge ou le statut social, est « mamita » . Vous pouvez l’employer vous aussi comme dans « por favor mamita » si c’est votre tour de demander une faveur.

« Papito », lui, est moins usité pour la simple et bonne raison que, dans les rues derrière leurs marmites, il y a majoritairement des femmes. « Papito » fait partie du langage amoureux, un « mon chéri » local.

 


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Où il est question d’histoires contées au fil des pas, de calligraphie sensuelle, d’abandon…

 

Le tango, forcément. Il est partout dans les rues de Buenos Aires, surtout là où le touriste promène le nez en l’air. Le tango est un poème, une histoire d’apesanteur, de chimie, d’insaisissable. Une histoire écrite à deux.

J’apprends le tango comme un élève apprend à dessiner ses lettres, s’applique à calligraphier la jolie boucle du “a” et à la relier au “b” sans que l’encre ne bave. Consciencieuse, appliquée, concentrée.

Entre ces lettres dociles et les histoires qui coulent des pieds des danseurs experts, il y a monde : celui de la maîtrise et de la liberté. Le tango est ainsi. Libéré des codes, il devient art: un point de vue sensible livré sur le monde, à deux. Les arabesques des pieds sur le sol, la tension des corps, le rythme des ruptures et des frôlements, nous racontent aussi bien la violence que la sensualité, la brutalité que la douceur, la fierté que l’abandon

Je me suis glissée dans la pénombre d’une milonga du quartier de San Telmo, l’âme bohême de Buenos Aires. Son orchestre, El Affronte, dix musiciens (deux bandonéons, violons, contrebasse, violoncelle et voix) se produit à la lumière du jour dans les rues pavées de la vieille ville. Ils sont jeunes, complices et donnent à cette musique de la chair.

La nuit tombée, sous les lumières tamisées de la Milonga Maldita, leur présence est la même: ils interprètent. Sur le plancher en contrebas, les couples leur donnent la réplique. Les danseuses laissent dehors la rue et ses tumultes, chaussent leurs talons glissés dans un sac, se positionnent face à leur partenaire. Ils dansent, le monde n’existe plus.

Posée dans un coin de la salle, je déchiffre. Et je m’invente des histoires, guidée par les pieds qui filent, dessinent boucles et arabesques pour les effacer aussitôt, brouillent les pistes.

 

Une histoire de protection par ici: l’homme guide, le buste de sa partenaire repose sur le sien et son corps suit. Ils glissent et ne font plus qu’un. Une histoire passionnelle par là: des coups de talons au sol qui claquent, des tours qui enveloppent, des jambes qui caressent, des bras qui repoussent puis récupèrent. Je te veux, échappe-toi, non reviens. La tension érotique palpable. Une histoire douce au fond: des petits pas glissés millimètres par millimètres, un abandon total, un rythme lent, profond comme une respiration à deux. Rien d’autre n’existe que leur dialogue comme un préliminaire langoureux qui se déroule sous nos yeux. Une alchimie sensuelle.

Jusqu’à deux heures du matin, les couples glissent, se heurtent, s’électrisent ou s’apaisent. Chacun parle son langage, son pas de deux. Je passe d’un couple à l’autre comme on tourne les pages d’un livre joliment enluminé.

Je ne danse pas encore le tango, je le lis. Et ça donne très envie de commencer à savoir l’écrire.

Parakulutral, la Milonga Maldita, Peru 571, et l’orchestre El Affronte.